Nikolay Oleynikov est un artiste et musicien russe qui incarne la dualité de l'artivisme : le jour, il crée des œuvres visuelles avec le collectif Chto Delat ; la nuit, il chante avec le groupe punk Arkady Kots. Un double engagement artistique unique.

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Pour en savoir plus : le collectif Chto Delat.

Nikolay Oleynikov incarne parfaitement la polyvalence de l’artivisme russe. À la fois artiste plasticien reconnu internationalement et musicien du groupe pop-rock engagé Arkady Kots, il navigue entre les galeries d’art contemporain et les scènes de concert avec la même énergie contestataire. Membre fondateur du collectif Chto Delat, il est l’une des voix les plus singulières de la scène artistique russe.

Un artiste aux multiples facettes

Ce qui frappe immédiatement chez Nikolay Oleynikov, c’est sa capacité à exceller dans des domaines artistiques apparemment très différents. Le jour, il crée des œuvres conceptuelles exposées dans les musées du monde entier. Le soir, il monte sur scène avec sa guitare pour chanter des chansons de protestation.

Artiste plasticien

Membre du collectif Chto Delat, exposé dans les plus grands musées internationaux

Musicien

Chanteur et guitariste du groupe Arkady Kots, pop-rock engagé

Cette double identité n’est pas un hasard. Pour Oleynikov, l’art et la musique sont deux moyens complémentaires de toucher les consciences. L’art contemporain s’adresse à un public initié, la musique populaire peut toucher les masses.

“L’art dans les musées, c’est important. Mais une chanson qu’on fredonne dans la rue, c’est une révolution qui marche.” — Nikolay Oleynikov

Chto Delat : “Que faire ?”

Nikolay Oleynikov est l’un des membres fondateurs de Chto Delat (en russe : “Что делать?”, “Que faire ?”), un collectif d’artistes, de philosophes et de critiques basé à Saint-Pétersbourg. Le nom fait référence au célèbre roman de Nikolaï Tchernychevski (1863) et au pamphlet de Lénine (1902).

Nikolay Oleynikov artiste
Nikolay Oleynikov, entre art contemporain et musique engagée

Le collectif Chto Delat

Fondé en 2003, Chto Delat réunit artistes, philosophes, écrivains et activistes autour d'une question centrale : comment l'art peut-il contribuer au changement social ?

Le collectif produit des vidéos, des performances, des installations et publie un journal. Leurs œuvres ont été exposées à la Biennale de Venise, au Centre Pompidou, à la Tate Modern et dans de nombreux autres musées prestigieux.

Visiter le site de Chto Delat

Arkady Kots : la musique comme arme

Parallèlement à son travail d’artiste plasticien, Nikolay Oleynikov est le chanteur et guitariste du groupe Arkady Kots. Ce groupe de pop-rock engagé puise son inspiration dans la tradition des chansons de protestation soviétiques et internationales.

Le nom “Arkady Kots” fait référence à Arkadi Kotts, le traducteur russe de “L’Internationale”, l’hymne du mouvement ouvrier mondial. Un choix symbolique qui ancre le groupe dans une longue tradition de musique révolutionnaire.

Le soutien aux Pussy Riot

En 2012, lorsque les Pussy Riot sont arrêtées et jugées pour leur performance dans la cathédrale du Christ-Sauveur, Arkady Kots compose une chanson de soutien qui devient virale sur les réseaux sociaux russes.

Cette chanson, mêlant humour et colère, appelle à la libération des trois jeunes femmes et dénonce l'hypocrisie du pouvoir russe. Elle est jouée dans les manifestations et devient un hymne du mouvement de protestation.

L’art comme engagement politique

Pour Nikolay Oleynikov, l’art n’est jamais neutre. Chaque œuvre, chaque chanson est un acte politique. Cette conviction l’a conduit à s’engager dans de nombreuses causes : défense des droits des travailleurs, lutte contre l’homophobie d’État, soutien aux prisonniers politiques.

Son travail avec Chto Delat explore les contradictions de la société russe post-soviétique : les inégalités croissantes, la nostalgie du passé, les tensions entre tradition et modernité. Ses œuvres ne donnent pas de réponses toutes faites mais posent des questions dérangeantes.

Entre Est et Ouest

Le parcours de Nikolay Oleynikov illustre les tensions entre la Russie et l’Occident dans le domaine culturel. Ses œuvres sont exposées dans les musées occidentaux, où elles sont célébrées comme des exemples de résistance artistique. En Russie, sa situation est plus complexe.

Cette dualité se retrouve dans de nombreux aspects de la société russe. Les femmes russes, par exemple, sont souvent tiraillées entre des influences occidentales et des traditions locales. Cette complexité culturelle est importante à comprendre pour quiconque s’intéresse à la Russie contemporaine.

Œuvre de Nikolay Oleynikov
L'art engagé de Nikolay Oleynikov

L’héritage d’un artiviste complet

Nikolay Oleynikov représente une figure rare dans le paysage artistique contemporain : un artiste capable de naviguer entre les mondes. Des galeries d’art les plus prestigieuses aux scènes de concert underground, il porte le même message de questionnement et de résistance.

Son travail avec Chto Delat continue d’inspirer de jeunes artistes russes et internationaux. Ses chansons avec Arkady Kots circulent sur les réseaux sociaux, reprises par des militants du monde entier. Il incarne cette idée que l’art, sous toutes ses formes, peut être un outil de transformation sociale.

“Que faire ? La question reste ouverte. Mais continuer à la poser, c’est déjà une forme de résistance.” — Nikolay Oleynikov

Les expositions internationales et la reconnaissance mondiale

Le travail de Nikolay Oleynikov avec Chto Delat lui a valu une reconnaissance internationale qui dépasse largement les frontières russes. Ses œuvres ont été présentées dans les institutions culturelles les plus prestigieuses du monde : le Centre Pompidou à Paris, la Tate Modern à Londres, le MoMA à New York, la Biennale de Venise.

Cette visibilité internationale est cruciale pour un artiste dont le pays d’origine réprime de plus en plus la liberté d’expression. Exposer à l’étranger, c’est exister, résister, maintenir une voix que le Kremlin voudrait faire taire.

Performance de Nikolay Oleynikov
Nikolay Oleynikov en performance — l'art comme acte politique

Ses installations les plus connues combinent texte, image et son pour créer des œuvres qui questionnent simultanément l’histoire soviétique et la Russie contemporaine. Les spectateurs occidentaux y découvrent une société bien plus complexe que celle que leur montrent les médias — une société traversée par des contradictions, des aspirations et des résistances que le discours officiel efface.

Le théâtre et la performance : une dimension méconnue

Moins connue que ses peintures et installations, la dimension théâtrale du travail de Nikolay Oleynikov est pourtant essentielle. Chto Delat produit régulièrement des pièces de théâtre-documentaire qui mêlent témoignages réels, textes philosophiques et mise en scène politique.

Ces performances, présentées aussi bien dans des théâtres institutionnels que dans des espaces alternatifs, explorent la frontière entre l’art et l’activisme. Elles s’inscrivent dans la tradition du théâtre politique de Brecht, qu’Oleynikov revendique ouvertement comme une influence majeure, en l’adaptant au contexte russe post-soviétique.

“Brecht nous a appris à distancier pour mieux voir. En Russie, la distance critique est devenue une question de survie.” — Nikolay Oleynikov

La pièce la plus célèbre du collectif, Séquence sur une véritable histoire, mêle témoignages de travailleurs licenciés et analyses marxistes du capitalisme contemporain. Elle a été jouée dans vingt pays et reste l’une des œuvres les plus importantes du théâtre politique européen des années 2010.

L’exil et la résistance à distance (2022-2026)

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la situation des artistes russes engagés a radicalement changé. Pour Nikolay Oleynikov, comme pour beaucoup d’artivistes de sa génération, l’exil est devenu la seule option viable pour continuer à travailler librement.

Depuis Berlin, où il s’est installé en 2022, il continue à créer avec Chto Delat — désormais collectif en diaspora, ses membres dispersés entre Saint-Pétersbourg, Moscou, Berlin, Paris et Tbilissi. Cette dispersion géographique impose de nouvelles contraintes mais ouvre aussi de nouvelles possibilités.

Les nouvelles œuvres du collectif, créées depuis l’exil, portent la marque de cette rupture : elles interrogent le statut de l’artiste expatrié, la culpabilité de ceux qui ont pu partir, la solidarité avec ceux qui sont restés. Des questions que partagent de nombreux artistes russes en exil depuis 2022.

Arkady Kots continue également à diffuser des chansons de soutien aux opposants restés en Russie, distribuées clandestinement via Telegram et les réseaux sociaux. Dans un pays où chanter la mauvaise chanson peut mener en prison, ces titres sont des actes de résistance concrets.

L’influence pédagogique : former la prochaine génération

Moins visible que ses œuvres, l’activité pédagogique de Nikolay Oleynikov est pourtant considérable. Il donne régulièrement des conférences et des ateliers dans des universités et des écoles d’art européennes, transmettant une vision de l’art comme pratique politique et sociale.

Ses cours abordent l’histoire de l’art contestataire soviétique — de Maïakovski aux artistes underground des années 1970 — mais aussi les questions contemporaines : comment un artiste peut-il agir face à une guerre, face à une dictature, face à l’effondrement des démocraties ? Des questions qui résonnent bien au-delà du contexte russe.

Cette transmission est essentielle : si l’artivisme russe continue d’exister, c’est en partie grâce à des artistes comme Oleynikov qui passent le flambeau à une nouvelle génération, formée hors des frontières d’un régime qui préfèrerait le silence.

Pour comprendre les racines historiques de cet engagement artistique, la histoire de l’artivisme russe depuis les années 1960 est indispensable.

Ce qu'il faut retenir

Nikolay Oleynikov incarne la polyvalence de l'artivisme russe. Artiste plasticien reconnu internationalement avec le collectif Chto Delat, il est aussi musicien engagé avec Arkady Kots. Sa chanson de soutien aux Pussy Riot est devenue un hymne de la résistance artistique russe. Depuis son exil à Berlin (2022), il continue à documenter et à questionner, transmettant son engagement à une nouvelle génération d'artistes. Son travail pose une question fondamentale : comment l'art peut-il changer le monde ?

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